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ACCORDEON & accordéonistes

 

 L'accordina
 Entre histoire et légende

 Article de Blaise Goldenstein publié dans le numéro d'avril 2002
d'ACCORDEON & ACCORDÉONISTES

Retrouvez ci-dessous des extraits de cet article !








 
 

 
 


Ça bouge dans le monde de l'anche libre. Depuis quelques années, l'accordina fait parler de lui. Longtemps passé inaperçu, ignoré des accordéonistes, inconnu du grand public, cet hybride entre accordéon et harmonica est né de l'imagination d'André Borel, vers la fin des années 1930. Aujourd'hui, il est à nouveau fabriqué et fait l'objet d'un curieux engouement, allant à l'encontre de la fatalité qui a toujours entouré son histoire.

trange   pont
jeté entre l'ac-
cordéon et les
instruments à vent,
l'accordina  apparaît aujourd'hui  à   cer-
tains (peut-être selon
un  effet  de  mode)
comme  un    instru-
ment mythique créé
pour  le jazz. L'his-
toire de ce petit "ac-
cordéon   à  bouche"
-bien   que   difficile
à   reconstituer  —
nous prouve pour-
tant   le    contraire. Imaginé  par   André Borel dans
les années 1930,  l'accordina  est breveté  en  décembre
1943. Il  emprunte  à l'accordéon  ses   anches libres
et son clavier chromatique (44 notes, 3 octaves et
demi). Il tient de l'harmonica le souffle produit par
le musicien et le principe de ses deux volets latéraux qui permettent de moduler le son, comme le fait l'harmoniciste avec ses mains. Il faut attendre les années 1 950 pour le voir fabriqué, au moment où Borel crée sa société commerciale (dissoute en 1954). En 1950, il donne un concert radio- diffusé d'accordina, avec sans doute un prototype ou l'un des tous premiers modèles ! Pour commercialiser
son instrument, Borel privilégie un partenaire de
poids : les établissements Beuscher, qui le suivront
jusqu'au milieu des années 1970, période où cesse la
fabrication.

 
     
 32 . ACCORDÉON & accordéonistes

 

 

 

Un public mitigé
Ingénieux et bien réalisé, l'accordina ne rencontre pourtant pas son public, contrairement à ce que l'on pourrait croire aujourd'hui.
Borel et Beuscher en sont sans doute en partie responsables, puisqu'ils le présentent avant tout comme un "accordéon de voyage", un instrument d'entraînement. Un "gadget", finalement. Deuxième erreur: ils ciblent un public d'accordéonistes, excluant totalement le domaine de l'instrument à vent. Aussi bizarre que cela paraisse, ce malentendu persiste encore aujourd'hui, comme en
témoigne Francis Jauvain, saxophoniste, accordéoniste et "accordiniste" chevronné : “
Je considère l'accordina comme un instrument à vent, c'est même l'un des rares qui permettent la polyphonie. Pris comme tel, il requiert une technique spécifique. Par exemple, il n'accepte que l'air soufflé, l'aspiration doit donc être rythmique pour s'intégrer à la phrase musicale”. Une chose difficilement


Malgré des publicités dithyrambiques, l'accordina ne trouva pas son public parmi les accordéonistes de l'époque.


              Dès sa création,l'accordina a entretenu un rapport ambigu à l'accordéon.
 

concevable si on l'envisage comme un ersatz d'accordéon. Jauvain poursuit sa recherche autour de l'accordina, afin de "le développer comme on le ferait pour un instrument propre, unique ". Il conclut qu'il y a un besoin vital pour l'accordina qu'il ne soit plus "cantonné aux accordéonistes ".
Victime de cette réception, l'accordina n'a laissé que peu de traces : on ne lui connaÎt comme enregistrement "ancien" que le 45 tours de André Astier. Aujourd'hui, par contre, Richard Galliano, Francis Jauvain, Daniel Mille, jean-Louis Matinier, Roland Romanelli ou encore Jacques Bolognesi l'emploient pour explorer de nombreux
univers musicaux: jazz, chanson française (Georges Moustaki, en tournée, a préféré l'accordina de Jauvain au traditionnel accordéon), musiques de films (Romanelli a enregistré avec l'Orchestre Synphonique de Londres la B.O. du prochain film d'Alexandre Arcady), contemporain (Jauvain a conçu pour la chorégraphe Régine Chapirot cinq créations, qui font monter l'accordina sur scène dans des sessions improvisées avec les danseurs).

Les différents modèles
Au cours de son histoire, l'accordina Borel a connu plusieurs formes. Le plus drôle est qu'il semble même n'avoir jamais connu l'aspect sous lequel son brevet le présente : comme l'explique Laurent Jarry, premier facteur à l'avoir refabriqué, “
le brevet de l'instrument même est assez différent de ce que Borel a réalisé : les anches ne sont pas prévues pour être mono-chassis mais elles sont montées sur des plaques. Un mécanisme est prévu en bas de l'instrument pour actionner les deux volets latéraux par une sorte de bouton ”. Î
Les plus importantes évolutions que subit l'accordina surviennent à la fin des années 1950. “
A partir de 1959, raconte Jarry, apparaît, ce que Beuscher appelle le "nouveau modèle 1959". On y voit des changements,"

 

   
 
     
 33 . ACCORDÉON & accordéonistes

 

     
     
 
notamment dans le bec de l'instrument. Ce n'est plus une pièce métallique triangulaire soudée sur le porte-vent et
"fendue", mais un bec un peu plus long où vient s'intégrer une pièce en plastique.”
Les musiques changent aussi, probablement dans la même période : les anches laiton des premiers modèles sont alors remplacées par d'autres en
  acier inox. L'accordina a aussi connu d'autres fabrications, comme les modèles "or" et "argent" réalisés par Paolo Soprani sans doute durant la deuxième moitié des années 1960. Longtemps resté introuvable, l'instrument est aujourd'hui fabriqué par Laurent Jarry depuis 1995 et par Marcel Dreux depuis 2002
    Blaise Goldenstein
 
 
 



 
    Autres extraits de l'article d' ACCORDÉON & accordéonistes :    
 

"Sur le plan technique, cet accordina (l'accordina Marcel Dreux) ressemble en tous point à celui de Borel, hormis quelques innovations comme des musiques en inox et un sommier en matière synthétique (et non plus en bois), qui règlent les problèmes liés à la condensation."

Olivier Manoury, bandonéoniste et "accordiniste" :
"J'ai tout de suite adopté l'instrument. Dès le départ, ça a été exactement comme un Borel. D'ailleurs, j'emmène les deux pour mes concerts, au cas ou l'un aurait un problème. À titre personnel, je préfère même la sonorité de l'accordina Marcel Dreux, plus riche que celle de mon Borel. Et puis les couleurs du clavier sont très pratiques : la première rangée tout au moins, celle qui est visible lorsqu'on joue, permet de se repérer."

 

 
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